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Débats, Opinion

Google+ ou l’histoire de l’appétit morbide des internautes

Depuis quelques jours, Google+ est sur toutes les lèvres (ou devrais-je dire, sur tous les claviers). Tout le monde ne parle plus que ce nouveau réseau social que Google s’apprête à lancer dans quelques jours sur les terres jusque là dominées sans partage par Facebook.

Il y a certes que le côté « happy few » qui joue pleinement : les personnes ayant bénéficié d’une invitation à tester le service en avant-première font les malins en brandissant des retours d’expérience assez définitifs malgré la jeunesse du produit et le faible nombre d’utilisateurs. De l’autre côté, ceux qui n’ont pas reçu l’invitation de Google ou de l’un de leurs amis et qui piaillent d’impatience d’essayer à leur tour ce service. Les deux génèrent un buzz assez soutenu.

Mais il n’y a pas que ça dans les conversations qui tournent autour de Google+. Il y a aussi et surtout cet espèce d’appétit morbide des internautes pour tuer Facebook.

Ils sont tous utilisateurs et parfois de manière très assidue et ne semblent malgré cela rêver que d’une chose, que Facebook soit supplanté, dépassé, anéanti par un nouveau concurrent. Et ils imaginent que Google a les reins suffisamment solides pour être celui-ci.

C’est très étonnant à observer. On voit rarement dans d’autres industries une telle envie de voir ringardiser ce que l’on utilise au quotidien avec ferveur. En général, les gens sont plutôt assez promoteurs de leurs acquis. Pas dans le monde du web 2.0.

Pourquoi cela ? Je me risquerai à deux explications.

La première est que nous sommes précisément au coeur d’une révolution et qui dit révolution dit capacité de l’écosystème à détruire ce qu’il a inventé précédemment pour mieux aller au bout de la démarche. Tant que les technologies de sont pas stabilisées, nous serions donc dans une dynamique de révolution permanente qui fait des innovations d’hier les conservatismes à abattre d’aujourd’hui. Et cela en l’espace de quelques courtes années.

La deuxième explication que je proposerais (mais j’imagine qu’il peut y en avoir bien d’autres), c’est que l’histoire des technologies est remplie de cadavres qui ont succombé sur l’autel de l’innovation des autres. Cela fait même partie de son histoire. Et on peut citer ici plein de noms : Lotus 123 dans les années 90 qui a été tué par Microsoft Excell, Novell qui fut un pionnier des réseaux locaux et qui fut liquidé par Microsoft également, AOL qui ne résista pas au web non propriétaire tel que nous le connaissons. Et que dire de Google qui fut pourtant l’un des derniers moteurs de recherche à voir le jour et qui envoya aux oubliettes la plupart de ses glorieux prédécesseurs ? Et puis, je ne peux pas m’empêcher de parler d’Apple qui se lança 15 ans après tout le monde sur le marché du téléphone portable et qui, malgré ce retard apparent, donna la leçon (et de quelle manière!) à toute l’industrie.

Les utilisateurs vivent depuis toujours au cœur de cette tragédie planétaire qui crée des stars et les zigouille à la vitesse de la lumière. Cela fait partie du décor et l’histoire contemporaine de cette révolution numérique. Alors, Facebook échappera-t-il à ce destin de star déchue ? Les premiers utilisateurs de Google+ semblent nous dire que non.

L’avenir le dira et, pour ma part, je vous laisse juge.

Discussion

7 réflexions sur “Google+ ou l’histoire de l’appétit morbide des internautes

  1. Chouette analyse.

    Je pense aussi que les gens qui ont sauté sur Google+ sont pour beaucoup plutôt geek. Et les geeks n’ont jamais aimé les monopoles, ils aiment la liberté. Ce sont les mêmes qui râlent en permanence sur Windows, Office, … (ce qui ne les empeche pas de les utiliser)

    Ce qu’ils aiment sur G+ est l’apparente liberté quant aux données : on peut les récupérer et quitter quant on veut. Ce qui ne veut pas dire qu’ils le feront, mais ils aiment savoir qu’ils peuvent le faire, que leur identité numérique n’est pas à la merci d’une corporation …

    Bien sur, cette vision des choses est surprenante si on pense que c’est Google qui est derrière l’initiative! ;o)

    Publié par barthox | 06/07/2011, 08:40
  2. Je pense qu’il y a la lassitude, depuis des années les yeux devant facebook, les gens ont envie de nouveauté.
    Je pense d’ailleurs que la concurrence aura du bon, cela va obliger facebook à réagir. Tout comme Google va devoir réagir au moteur de rechercher que prépare facebook pour faire des recherches sur le web.

    J’ai déjà entendu parlé de l’intégration de la vidéo sur facebook (ce qui existe dans google+), voir meme de l’intégration de Skype…. à suivre

    @Barthox : je n’utilise plus Office depuis bien longtemps …

    Publié par Chris | 06/07/2011, 09:01
  3. Il existe ce que j’appelle le « syndrome Nouvel Obs » (pour des raisons évidentes) et qui consiste pour un journaliste – ou un blogueur – à tenir le raisonnement suivant : « C’est arrivé à ma femme, à ma soeur et à une de mes amies, ce doit donc être un phénomène de société ».

    J’ai l’impression d’observer ici un tel cas. Lorsque je lis : « Il y a aussi et surtout cet espèce d’appétit morbide des internautes pour tuer Facebook. Ils sont tous utilisateurs et parfois de manière très assidue et ne semblent malgré cela rêver que d’une chose, que Facebook soit supplanté, dépassé, anéanti par un nouveau concurrent. », je me demande combien de dizaine ou de centaines de personnes représente au juste ce « Ils ». En tout cas, à mon sens, fort peu par rapport aux 17 à 18 millions d’utilisateurs français, sinon aux 5 à 600 millions d’utilisateurs mondiaux.

    C’est en tout cas un point à vérifier. Les choses n’ont pas changé depuis Fontenelle et sa « dent d’or » (1680) : avant de disserter sur les causes d’un phénomène, assurons-nous bien de sa réalité.

    Publié par Ch. Romain | 06/07/2011, 09:03
  4. Je ne pense pas que les gens ont vraiment envie de tuer Facebook. D’abord parce que face au quasi monopole de google, c’est bien d’avoir un concurrent qui rivalise avec Google, qui lui en sait déjà beaucoup trop sur nous (profil, historique de recherches, Gmail…)
    Ensuite pour le moment Google+ est uniquement utilisé par les Geeks, qui testent car, soit c’est leur métier, soit ils sont passionnés par les réseaux sociaux.

    Facebook a commencer à être cool quand tout le monde s’est approprié ce service, quand je dis tout le monde, se sont les utilisateurs classiques, par les purs technophiles. On a pu retrouver ses copains de classes, ses ex… Bref une vraie nouveauté. Je ne suis pas sûr que ceux là aient vraiment envie de recommencer la même chose sur un autre réseau, pour quoi de plus, retrouver les même amis ?

    J’aime Google pour ses services, surtout la recherche qu’il fait très bien, Facebook fait lui aussi son boulot. Dommage d’avoir des guerres ouvertes pour vouloir tout prendre et avoir le monopole partout car souvent se sont les utilisateurs qui en pâtissent.

    Publié par Denis | 06/07/2011, 09:55
    • Je crois au contraire que les « guerres » entre ces compagnies sont au bénéfices des utilisateurs.
      Après le lancement de Google+, Facebook est obligé de réagir et d’ajouter des services, et d’améliorer l’ergonomie de son site.
      De même Google va devoir réagir au lancement du moteur de recherche de Facebook (pour l’année prochaine normalement)

      Quand il n’y a pas de concurrence pourquoi vouloir améliorer ?

      C’est comme internet explorer 6 qui est resté en service pendant 5 ans … pas de concurrence, pas de soucis à se faire. Et Firefox fut lancé et Microsoft a été obligé de se bouger : embauche de personnel, travail sur une nouvelle version, résultat maintenant ils ont internet explorer 9 !

      Le vrai pari de Google+ ce sera à mon avis d’en un premier temps de convertir les utilisateurs des services Google. Et pour cela leur arme sera : l’intégration. Interaction entre Gmail, Google docs, picassa, etc … avec Google+ et intégration de tous ces services en un.

      Publié par Chris | 06/07/2011, 10:36
  5. Pour des évolutions techniques, je suis d’accord avec toi, la concurrence fait bouger les choses, mais ça commence à faire beaucoup d’endroits ou être présent.

    Publié par Denis | 06/07/2011, 16:51

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Google+ ou l’histoire de l’appétit morbide des internautes « digitalchristophe | WEB 2.9, ou comment vivre la transition. | Scoop.it - 20/07/2011

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